CONGO BRAZZAVILLE

La liberté n’a pas de prix, la dignité ne peut se marchander.

La conjoncture politique actuelle du Congo Brazzaville, qui se caractérise par un affaiblissement continu du pouvoir de Brazzaville, interroge tout congolais. Les affres publiques de ce régime despotique et corrompu constituent-elles des augures de sa fin probable ou s’agit-il simplement de soubresauts mineurs d’un régime, certes impopulaire, mais toujours préférable à l’anarchie ou à la nouveauté sociale de l’alternance ?

Lors de la conférence internationale des intellectuels et hommes de culture d’Afrique et de la diaspora, de Mai  1996, à Dakar au Sénégal, dont le thème s’intitulait « la place de L’Afrique au 21° siècle », les Conférenciers identifièrent, à la lumière des expertises et des données statistiques, les deux causes fondamentales du sous développement du continent. Il s’agit, d’une  part, de l’absence d’implication, active et démocratique, de toutes les composantes sociales, économiques et politiques, aux différentes initiatives de développement politique et économique ou aux politiques publiques ; et, d’autre part, la réelle rareté des hommes d’Etat, dignes de ce nom, et éventuellement charismatiques.

Dans cet horizon, le Congo Brazzaville, dont la courte expérience démocratique (1992-1997) fut brutalement interrompue en octobre 1997, en est aujourd’hui la dramatique illustration. C’est ainsi que sa descente aux enfers actuels s’explique, pour une large part, par la conjonction de ces deux paramètres.

D’abord à travers la figure exemplaire du Général Denis SASSOU NGUESSO. C’est un personnage politique dont le déficit de légitimité reste chronique dans la mesure où, en permanence, il privilégie les registres  de la violence et de l’arbitraire. Il ne possède aucune vision stratégique et programmatique sur le futur désirable de son pays puisqu’il se satisfait d’un catalogue de recettes et de projets empiriques, sans cohérence d’ensemble, « La nouvelle Espérance », applaudi par les épigones et raillé par les critiques. Enfin, il est dépourvu des attributs propres aux hommes d’Etat d’envergure, en effet, il agit souvent de manière partisane, il ne corrige jamais les dérives et les extravagances, il se moque de l’intérêt général et du bien public et il est le promoteur premier de la corruption.

Devant ces handicaps objectifs, on comprend pourquoi ce Général s’échine à imposer depuis à notre peuple un modèle politique despotique, qui s’apparente à la fameuse <<épicerie familiale>>, assisté par une clientèle politique hétéroclite.

Ce système, né de la violence, l’imposture, le cynisme et la corruption, atteint aujourd’hui ses limites objectives. C’est une dictature, en bonne et due forme. Et comme toute dictature, elle ne peut se reformer, elle se désintègrera de l’intérieur ou alors elle sera décapitée par le peuple souverain. Néanmoins, en attendant cette fin inéluctable, ce système despotique s’acharne à survivre malgré sa nature anachronique : il veut absolument apparaître démocratique, il prétend défendre les libertés formelles, etc. Toujours dans cette optique de survie, il lui arrive de jeter des bouées salvatrices quand les conjonctures deviennent difficiles. Hier, il s’agissait du spectaculaire ralliement de Bernard BAKANA KOLELAS, l’éternel allié masochiste de Denis SASSOU NGUESSO. Demain, à qui le tour ?

Notre peuple a compris la nature politique de ces expédients, qui n’amusent et n’intéressent que leurs auteurs et leurs complices, toujours les mêmes acolytes. Ces ralliements n’étonnent plus. Seule l’alternance politique anime toute l’énergie de notre peuple.

La communauté nationale en est consciente, pour preuve le refus de Madame Rama YADE, Secrétaire d’Etat français aux affaires étrangères et aux droits de l’homme de rencontrer le Général SASSOU NGUESSO ; les forces démocratiques et patriotiques sont prêtes à relever ce défi. L’enjeu, en effet, correspond à la question  suivante : Denis SASSOU NGUESSO et ses thuriféraires, visibles, c’est-à-dire le PCT et ses alliés, mais surtout masqués, les plus perfides, souvent il s’agit de présumés opposants, constituent-ils les ressorts du progrès social et politique ? La réponse de notre peuple, le souverain primaire est clair et limpide, et il l’a exprimé en de nombreuses occasions.

Non, Denis SASSOU NGUESSO n’est pas le promoteur du progrès social et démocratique. Il en est le principal obstacle. Voilà pourquoi l’alternance, quelle qu’en soit la forme, devient le principal objectif de cette conjoncture politique.

Le bilan kleptocratique du très long règne du Général Denis SASSOU NGUESSO semble en effet édifiant. La liste de ces errances est exemplaire :

·        La mise en place d’un cadre institutionnel inique, qui le consacre monarque absolu et surtout  Ubu roi.

·        Le minimum vital de notre peuple est comparable au quotidien paysan du Moyen Âge occidental: ni eau, ni électricité, ni éducation, ni système sanitaire.

·        L’insécurité alimentaire a atteint le seuil critique correspondant aux critères objectifs de la famine. C’est donc une famine qui ne dit pas son nom.

·        La faillite de l’Etat et de ses organes, qui n’assument plus depuis longtemps ses fonctions régaliennes. L’Etat devient un instrument partisan de domination politique du despote. Cette situation insécurise complètement l’ensemble de la population et l’assujettit à la loi des plus forts. La concorde nationale en lambeaux.

·        Les frustrations quotidiennes du peuple face à la famille régnante, dite présidentielle, dont les frasques inondent les journaux, et sa clientèle politique, toujours arrogante et méprisante, etc.

Le cri du cœur de Monsieur KOPA Ludovic Junior correspond bien aux attentes et aux exigences de notre peuple, ce jeune compatriote qui interpelle le Général SASSOU NGUESSO en ces termes : "[...] M. SASSOU NGUESSO est un homme dépassé, un homme révolu, un homme du passé, à tel enseigne que tu ne seras jamais un vrai homme d’Etat [...]". Et il poursuit, "[...] Le Congo, ce beau pays vous a tout donné, éducation, nationalité, emploi, tout et même au-delà des espérances de vos géniteurs. Et pourtant, dans votre arrogance maladive et votre cynisme, vous ne voulez pas entendre les cris de ce peuple qui souffre. [...]". Voilà un édifiant portrait psychopathologique qui rend improbable tout espoir de prise de conscience de la part de celui qui incarne à ce point ce pouvoir autocratique, le Général Denis SASSOU NGUESSO.

Au-delà de ce bilan kleptocratique et de ce portrait psychopathologique, ce régime, en l’espace d’une année a ouvert, toujours sous ce registre de l’ubuesque, d’autres pages sombres de notre histoire. Tenez :

·        La construction du mausolée Savorgnan DE BRAZZA, celui de la honte puisqu’elle érige en héros panthéonisé  un colonialiste patenté, voire un bourreau. C’est un acte sans précédent historique et une insulte à la mémoire résistante de notre peuple.

·        L’organisation des élections de la honte dignes de la seule Corée du nord de l’inamovible Kim JONG IL.

Poto Poto,  "Mboka Monéné " du musicien Antoine MOUNDANDA, le premier quartier historique de Brazzaville en est la tragique illustration puisque le député sortant, Monsieur Nicéphore FYLLA de Saint Eudes, double fois victorieux, mais est déclaré perdant sur l’ordre du Prince de MPILA, le  "Roi Soleil", au profit de son gendre, le sieur Jean de Dieu KOURISSA. Il s’agit là d’un  acte sacrificiel sur l’autel du délit d’opinion, FYLLA aurait manqué de respect au "Roi Soleil ",  au profit des intérêts de " l’épicerie familiale".

·        Enfin, le FESPAM de la honte où mes frères pygmées de la Likouala ont été relégués au rang d’animaux de foire ou de curiosités de parcs zoologiques, en plein 21°siècle.

Cet enjeu politique inaugure une ligne de démarcation claire, notamment depuis ces pseudos élections du 24 juin 2007, à savoir, d’une part, le pouvoir de Denis SASSOU NGUESSO et sa clientèle politique, qui travaillent à la survie et à la conservation du pouvoir politique, afin de pérenniser ce système despotique ; et, de l’autre, l’aspiration de notre peuple au changement ou à l’alternance. Cette dynamique du changement doit être accompagnée et amplifiée.

Mon parti, le Rassemblement pour la Démocratie et le Développement (RDD) s’inscrit dans cette logique claire de l’alternance politique radicale. Ainsi, les festivités du 15/08/2007, liées à la célébration de l’indépendance du Congo Brazzaville,  à Owando, la préfecture régionale de la Cuvette centrale, ne peuvent nous concerner ni de près ni de loin. En effet, il ne s’agit jamais de fêtes nationales, ni pour l’indépendance, ni pour le FESPAM, par exemple, car à chaque fois ce sont des entreprises de propagande politique en l’honneur du Grand Timonier éclairé Denis SASSOU NGUESSO.

Par ailleurs, toutes les expériences précédentes l’ont démontrées, ces municipalisations dites accélérées ne sont rien d’autre que des entreprises déguisées d’enrichissements accélérés de "l’épicerie familiale" et de la clientèle politique. Aussi, tous ceux qui y participent, de manière naïve, en arguant qu’il s’agit simplement d’une fête nationale, ou en conscience et de manière cynique, ils apportent de fait leur caution à ce régime corrompu. Ils s’opposent objectivement à l’alternance politique salutaire.

Pour ma part, je fais mien cette réflexion, oh ! Combien d’actualité, de Franz FANON : "Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir". Ainsi, à tous ceux qui ont choisi l’indifférence face aux souffrances de notre peuple, ou à tous ceux qui sont tentés par la compromission, ou à tous ceux qui sont gagnés par la résignation, je leur suggère cette réflexion de Jean Marie BOCKEL Secrétaire d’Etat français de la Coopération : "Nos lâchetés d’aujourd’hui peuvent être les conflits de demain"

Pour paraphraser le regretté MONGO MBETI, ce digne fils d’Afrique, le pouvoir n’a pas dit son dernier mot, nous non plus. En effet, le Général SASSOU NGUESSO Denis constitue l’obstacle principal du progrès social et du développement économique et politique du Congo Brazzaville. C’est le grand temps de l’alternance. Tous les Congolais doivent travailler à sa réalisation.

Guy MAFIMBA MOTOKI

Membre du comité directeur du RDD